Le thème des mémoires

La recherche d’Anamnèse repose sur la relation intime que l’on entretient à la fois avec nos souvenirs et avec le temps.

La mémoire n’est pas qu’une fonction humaine. C’est aussi un personnage mythologique et par conséquent une construction symbolique complexe. Mnémosyne est la déesse de la mémoire chez les Grecs. Notre recherche commence alors par la quête de cette femme Titan.

Dans la première partie du spectacle, on considère que les souvenirs façonnent notre corps et notre être à part entière.

Ainsi les souvenirs sont comme des empreintes indélébiles, des traces, des cicatrices qui font de nous ce que nous sommes. On s’intéresse au mouvement explosif, intrusif de ces mémoires charnelles. Elles apparaissent sans prévenir, elles se révèlent brutalement. Elles sont parfois très anciennes, infantiles ou meme ante-natales.

Dans la seconde partie du spectacle, il est question de nostalgie, de quotidien et d’oubli. On y explore plus précisément la relation que l’on entretient avec le temps.

A l’inverse de la première partie de la pièce , on interroge la memoire comme étant un mouvement volontaire. Nous parlons d’incandescences d’instant, de pétillements éphémères de l’histoire immédiate, de fragments….On se souvient et ça explose en bouche et en corps. Ca frôlé le fantasme, le délire et on savoure ce passé fictif.

Puis nous nous sommes intéressées à la relation que nous entretenons avec notre memoire vive, cette memoire d’habitudes. Quelle est cette attitude de « pilotage automatique », attitude de repetition d’habitudes choisies et choyees?

Jouets jouant le jeu du monde…

Il s’agit pour nous d’occuper un présent qui recommence sans cesse, un présent empli d’activités rassurantes que l’on répète encore et toujours. La force de l’habitude s’oppose en résistance au décompte des minutes : On crée un ordre qui nous est propre, on se cree des « récompenses », parfois même des « tocs »  si rassurants… Série de balises qui détourne nos yeux des trop lentes aiguilles et qui fournit ainsi l’illusion d’un accomplissement au quotidien.

Mais alors, si la projection vers l’avant est annulée, le souvenir s’impose à nous comme une condamnation et demeure pourtant notre seule ressource pour sortir d’un présent effrayant.

Il y a alors le reve … Le reve pourrait se montrer comme étant notre seul échappatoire.

L’anamnèse devient une ceremonie, une commemoration. Reve, souvenir et imagination s’embrassent et font de l’être humain un être onirique, qui danse, eternellement.

Et le tambour lui , tel un battement de coeur, raconte son Eternité.

Le procédé de creation chorégraphique en studio

« Anamnèse » utilise un procédé unique de creation: L’imagerie mentale

Les idées sont explorées lors de seances d’improvisation guidées. A partir d’une recherche de mots, de verbe ou de textes, Claudine propose un travail autour des sensations qu’ils éveillent.

La question est alors de chercher à écouter la sensation que l’imagination fait naitre et vice-versa. S ‘établit alors un dialogue constant entre la pensée et la sensation corporelle. Tout est intrinsèquement lié: L’imaginaire, l’emotion, la posture et l’équilibre.

Chacun des artistes apporte une perspective unique, s’inspirant de son experience personnelle, de ses propres inspirations et de son approche kinesthesique.

Mise en scène et autre plaisir

La mise en scene a été imaginée puis écrite par Claudine.  Elle est ensuite façonnée en studio par l’ensemble de l’équipe lors des repetitions désignées à ce sujet.

Anamnèse se construit et evolue ainsi comme une histoire avec l’ensemble du groupe.

Les costumes sont non seulement un plaisir visuel permettant l’illusion mais sont aussi les pieces maitresses du decor. Ils sont une métaphore de mémoires désincarnées.

Les différents accessoires scéniques  – tambour dansant, sable éternel  –  furent concus pour accompagner la recherche chorégraphique et conceptuelle des artistes.

Les creations originales, musique et lumière sont inspirées du courant Surréaliste. Il s’agit de jouer avec les frontières entre le réel et l’affabulé, comme dans un rêve.

Littérature

Par définition, l’écriture est mémoire, conservation de traces, défi de la mort. Dans le sillage tumultueux de la Seconde Guerre mondiale notemment, nombre d’écrivains français, de Georges Perec à Patrick Modiano, Claude Simon ou Nathalie Sarraute, ont renouvelé cet art ancestral. Leurs oeuvres dévoilent à quel point la mémoire humaine est fascinante, parfois pillarde, tricheuse ou meme voleuse impénitente, parfois douce, reconfortante et bien-aimée.

« Anamnèse » traitant de differentes representations de la mémoire, plusieurs inspirations littéraires ont nourri l’écriture des textes de la Voix.

Barbara, Beckett, Bergson, Bim, Kierkegaard, Lewis Carroll,  Nietzsche et Platon pour citer les essentiels.